Pecheur d'Islande - Pierre Loti
“Un de ces jours, oui, je ferai mes noces, mais avec aucune des filles du pays ; non, moi, ce sera avec la mer, et je vous invite tous, ici tant que vous êtes, au bal que je donnerai...” Mots fatals de Yann, l’islandais, dits à ses compagnons de navire. Ils ne sont pas sincères, puisqu’il aime déjà une fille de Ploubazlanec (ce qu’il n’avouera pas par simple entêtement enfantin), mais tant pis, la mer l’entend.

C’est une histoire simple dans le fond mais riche en résonnances. Légèrement teintée de fantastique, et partout hanté par la mort. La côte bretonne, comme Loti la décrit, est toute entière un mémorial des matelots disparus en tentant d’arracher leur subsistence à la mer, qui semble les tolérer bien plus qu’elle ne les acueille. Les femmes en sont les plus sensibles, témoignent les deux de ce roman, la grand-mère Yvonne et la fiancée Gaud, qui sentent leurs vies s’écouler entre l’attente et la perte et décliner vers le tombeau.

Si les “simples gens” de ce roman sont un peu trop uniformément gentils pour paraître bien réels, la force de l’écriture, beau comme un rêve, réside dans l’évocation de la nature ménacante même dans sa rare beauté, et de cette mode de vie si précaire, mênée à bord de la mer dévorante.